samedi 5 mars 2011

MERCI…


Je suis à Montréal depuis deux jours. La vie camerounaise est suspendue pour moi. Ma plus grande séparation s’est vécue à Moutourwa. Comment quitter un village qui m’a donné deux ans de bonheur? La soirée précédant la déchirure, j’ai bu mon dernier Bil avec mon ami Christophe et sa famille. On était assis dans le noir avec nos calebasses; ça reniflait même si personne n’avait la grippe… À un moment, mon ami Yougouda est arrivé; il avait manqué ma visite de l’après-midi chez lui.
Le jour du départ, il s’est passé deux choses cocasses – ou étranges, selon votre goût.
Primo, le matin, alors que j’avais mis l’eau à chauffer pour un dernier café, le feu s’est éteint, la bombonne de gaz a craché sa dernière flamme. Je savais la réserve à sa fin, mais quel « timing »!
Secundo, sur la route vers Maroua, Aziz (le chauffeur de mon ONG – ils viennent nous chercher avec nos malles quand on quitte pour de bon) me dit qu’il fera un détour par un village à trois km de la route principale, question de prendre du bois. Il me dit que le village, c’est Moulva. Je suis estomaqué! Moulva est le seul village de l’arrondissement de Moutourwa (il y en a une quarantaine) que je n’avais pas visité. J’avais tenté de m’y rendre à deux reprises mais sans succès. Laissez-moi vous dire que j’étais content.
Le hasard ou la sorcellerie nous fait de ces surprises!
Je continue en glissant des extraits du mot prononcé lors de la fête avec les gens de la commune, le 23 février :
« Bon après-midi à tous. Demain, je vais quitter l’arrondissement de Moutourwa, Extrême-Nord Cameroun, après deux ans. Je suis arrivé du Canada sans attente, mais je repars rempli…
• Rempli d’avoir découvert une communauté accueillante et intéressée à partager avec le « Nasara ».
• Rempli d’avoir trouvé des femmes fortes et dévouées pour l’avancement des populations.
• Rempli d’avoir constaté combien les gens sont riches au niveau culturel; on connait souvent ici 3 ou 4 langues; on côtoie sans grande tension des peuples différents.
• Rempli d’affection donnée simplement et gratuitement. (…)
Quand j’arriverai dans mon village, je témoignerai combien les gens se battent pour survivre, et combien ils gardent la tête tournée vers l’avant.
La sagesse africaine pour moi est trop riche. Il ne faut pas douter de la force des petits qui peinent avec la houe. Il faut les regarder bien et les écouter : ils savent comment lutter et trouver un peu de repos.
Merci Moutourwa pour les sourires de tes enfants, pour la force de tes femmes. Merci Moutourwa pour ta tradition profonde. Merci Moutourwa de m’avoir accueilli comme l’un des tiens.
Ma voisine dit toujours qu’il y a seulement les montagnes qui ne se rencontrent pas. »
J’ajoute enfin le message texte que j’ai transmis de Yaoundé aux amis le jour du départ : « Moutourwa dans mon cœur pour toujours. Zikam ndra so!(Restons dans la paix!)
En terminant ce blog, je dis merci à vous qui m’avez accompagné et soutenu de vos pensées pendant ces jours heureux. Merci à celles et ceux qui se sont « membré » comme amis fidèles.
Dernier article du blog www.doudouaucameroun.blogspot.com,
Fait à Montréal, le 4 mars 2011
Serge
sdouce7@gmail.com

jeudi 24 février 2011

Ça sent la fin...






Je l’ai fait! Dimanche le 20 février, j’ai convié les voisins et les amis à une petite fête à la maison, question de souligner mon appréciation envers eux pour ces deux années de bonheur.
La préparation m’a un peu « dépassé », mais heureusement, les amies Anna, Doudou et Nama ont pris dans leurs mains féminines la gestion de la cuisine.
Le matin, je suis allé avec Christophe au marché de Titing pour acheter une chèvre. Quinze km à moto avec un animal qui crie et qui gigote sur les genoux, ça réveille le villageois en moi.
Vers 13h, l’animal s’est transformé en bouillon, le vin est arrivé (un bidon de 60 litres de bilbil). Sylvain a parti la musique et on a attendu les invités. Vers 16h, on commençait à manger, à placoter et à danser. Le vin et le « oyoro » (jus de la fleur d’oseille) ont désaltéré les petits et les grands. Les grands et les petits qui avaient attaqué le vin sont partis les derniers.
J’ai aussi fait un petit discours qui m’a serré la gorge. Une vieille maman m’a bien ému en m’offrant un plat de croquette, elle qui n’a presque rien. Une autre, absentée, est venue le lendemain matin pour me saluer. Vraiment, les gens ici sont trop attentionnés.
Il faut vous dire que mon prochain article sera peut-être mon dernier, et peut-être en plus illisible. Les larmes du départ vous savez…

mercredi 9 février 2011

Baha Christoph a muc le (le papa de Christoph est mort)

Christoph a fait un rêve dans la nuit de lundi à mardi : il était au marché hebdomadaire avec les amis; tout le monde a quitté subitement, il est resté seul et s’est mis a pleuré…
Ce mardi, j’étais au marché, je buvais le vin avec ma collègue volontaire et les gars du quartier, au stand de Doudou, la sœur de Christoph. À un moment, je me retourne et demande pourquoi Doudou a quitté soudainement. On me dit que son père est malade, et même qu’il est peut-être mort. Je pars alors vers chez Christoph, et je découvre que l’on avait dit vrai : Baha Christoph était parti depuis une heure environ. Tout se bouscule dans la concession : d’un côté les hommes qui creusent la fosse, de l’autre les femmes qui pleurent et crient pendant que d’autres hommes préparent le défunt. On emballe le corps dans une natte et on l’enterre. Les femmes continuent à pleurer et crier jusqu’à la tombée de la nuit.
J’amène les petits de la famille manger de la bouillie à proximité. Au retour, je me faufile sur la natte des femmes jusqu’à Dada Blandine; elle est couchée là, épuisée. Je lui prends la main, on reste tranquille, sans dire grand-chose…
On est aujourd’hui mercredi. Je suis allé au deuil ce matin. Une cinquantaine de personnes ont passé la nuit dans la concession de Baha Christoph, autour de petit feu pour se tenir au chaud. Ce sera comme ça quelques jours. On fera alors le vin pour un dernier adieu…
Merci de penser à Christoph et à sa famille aujourd’hui.

LE MOULIN DE LALANG, ÇA CONTINUE!






Vous vous rappelez le « moulin à écraser » des femmes de Lalang? On l’a inauguré en septembre dernier, avec la complicité des femmes « Canadian » et sous l’objectif attentif de Sylvie Trépanier, amie photographe. Elle a réalisé un reportage et un album photo formidable qui retracent le beau projet de ces femmes vaillantes. Il y a une semaine, une boîte magique nous arrivait de Montréal, avec quatre de ces albums et les DVDs. Il n’en fallait pas plus pour que les femmes et le conseiller municipal planifient un gros party au village, entre autre pour dire « merci ».

Samedi, on s’est donc donné rendez-vous à Lalang. Pour l’occasion, chaque femme de l’association avait fait confectionner un ensemble avec le même pagne (tissu); j’avais la chemise assortie. Après les discours, les remises de cadeaux, un peu de danse, un peu de bouffe et de bilbil, on s’est rassemblé sur la place de la chefferie, pour un visionnement nocturne de la vidéo de Sylvie. La foule était en délire; ils étaient donc contents de voir de si belles photos de leur village et de ses habitants.

Comme ce projet mérite à être cité en exemple, on avait invité un groupe de femmes de d’autres villages pour qu’elles soient encouragées et inspirées. Dans le même car nolisé, des amis volontaires étaient venus fêter avec nous.

Allez voir ce bijou de reportage sur le site de Sylvie, www.stphoto.qc.ca.

Enfin, disons que cette soirée marque le début de ma sortie imminente de Moutourwa et de l’Extrême-Nord… Si cette soirée est garante de ma fin de séjour, ça augure « super »! Merci aux femmes de Lalang et à Sylvie!!!

vendredi 7 janvier 2011

MUGUZLUM A CUW LE KUY KUY (LA FÊTE S’EST PASSÉE TRÈS BIEN)





Mon ami Frank m’a dit « C’est pas nouveau! », quand je lui ai confié que les fêtes 2010 ont été bien arrosées. C’est vrai Frank que je suis festif de nature, mais le Cameroun décuple ce côté de moi… « Ce doit être la sorcellerie! »
Le 24 décembre, moi, mes amis Sylvain, Anna et Steffen avons atteint le petit village de Douroum, dans les montagnes. Promenade, bil bil avec les paysans –qui boivent le liquide à deux, bien collés -, souper dans notre campement avec vin en boîte et whisky en sachet. Ensuite, on s’est dirigé vers un groupe qui dansait autour d’un tamtam. Les seuls blancs de la petite foule initiale a fait grossir celle-ci bien vite. Après une centaine de tour autour du tamtam et quelques calebasses de bil, on a poursuivi notre cavale, un peu étourdi (à cause de la danse, pas du bil), vers des cabarets ou il y avait danse, bilbil, danse et bilbil. Je suis rentré dormir à 6hre du mat. Retour à Maroua le 25, dans un état végétatif avancé.
Le 31 décembre, Sylvain et Anna m’ont visité à Moutourwa. Ma collègue Doudou a préparé deux canards succulents, avec la boule de mil rouge. Wow! On est allé ensuite avec Djidda danser un peu. On a aussi bu deux ou trois peu. Le premier, bilbil chez ma voisine Rosalie, repas chez Bolé de Moussourtouk, viande chez Aminou. Le deux, poulet chez Yuguda.
Vous voyez, les fêtes ici ou au Canada, ça se ressemble. La grande différence, c’est qu’au Cameroun, on ne risque pas de tomber endormi saoul dans un banc de neige… et on boit trop à cause de la sorcellerie. Voilà!
p.s. Hier soir, j'ai pleuré pour la première fois en pensant au départ...(je n'avais pas bu!)

vendredi 17 décembre 2010

RESTER COMME ÇA, TRISTE, C’EST PAS BIEN!




Je ne devais pas écrire cette semaine, je ne sentais rien d’inspirant. Mais il arrive des petits moments qui donnent de la couleur au quotidien. C’est pas grand-chose mais je vous le raconte.

Je suis rentré de la commune vers midi. Là-bas, c’est un peu tranquille; la grande partie de mon travail est déjà passé avec eux. J’étais donc à la maison, à ramasser la saleté sur le terrain avec Bolé, un petit voisin (petit de vingt-sept ans). Après le travail, j’étais assis sur ma véranda, un peu gelé par le soleil et le temps qui passe. Ma voisine Djabou, me voyant là depuis un bout m’a dit alors : « Serge, tu fais quoi, assis comme ça avec la tristesse. »
-« Je ne suis pas triste, je me repose. »
-« Non, tu es triste. Rester comme ça à être triste, ce n’est pas bien. »

J’ai dit non, mais elle avait un peu raison. J’étais dans un petit moment de tristesse, et comme tout se lit sur mon visage…

Après cela, j’ai envoyé Bolé chez une voisine qui avait préparé le vin. Au dire de Bolé, ce vin dépasse la CASTEL (la Molson du Cameroun). Bolé est venu avec un sceau de vin de 300francs (75cents), et on a bu ça avec Djabou et les autres. Comme Djabou avait fait griller le coq, j’ai mangé avec eux, sans cérémonie.

Comme vous voyez, mes moments de tristesse ne sont jamais bien longs. Mais je vais vous dire, il faut écouter Djabou : rester assis là avec sa tristesse, ce n’est pas bon!

P.S. Moi et Sylvain sommes allés avec Jacqueline et ses enfants samedi dernier cueillir le coton dans leur champ. C’est la seconde année que j’y vais : toujours aussi plaisant avec eux!

vendredi 10 décembre 2010

COULEURS D'AUTOMNE





Pour un bout de temps, les photos que je publierai sont celles que mon amie Sylvie (www.stphoto.qc.ca) a prise lors de son séjour à Moutourwa en août dernier. Voici un hommage au mil rouge, qui sert à la nourriture, et aussi à la confection du vin pays, le BilBil...

SŒURS AU GRAND CŒUR




Hier à la commune, c’était jour du budget 2011 à voter. En attendant le préfet du département, dont l’heure d’arrivée était déjà passée « depuis », j’étais sur le banc de la véranda de la mairie. Je jasais avec une petite sœur de la mission catholique, venue assister à l’invitation du maire. Je lui ai posé des questions sur son travail, et ça m’a épaté. J’ai peut-être écrit quelques lignes sur ce sujet précédemment, mais c’est pas grave… à quelques jours de Noēl, c’est toujours bon!
Les Sœurs de la Charité sont à Moutourwa depuis plus de vingt ans. Elles ont commencé leurs œuvres, habitant dans des boucarous, au petit village de Tahaī, pour s’installer ensuite plus confortablement à Moutourwa il y a quinze ans.
Elles gèrent principalement un centre pour les enfants en sous poids. Les petits sont amenés dans le centre avec la mère, et y demeurent un mois ou deux, le temps de reprendre un poids plus normal, et le temps d’apprendre à la mère une façon de cuisiner des plats fortifiants. Il y a de la place pour une douzaine d’enfants avec les mamans, et c’est souvent plein. Quelquefois malheureusement, les petits arrivent trop tard et meurent au centre. On en a perdu plus de 12 depuis le début de l’année.
Ce sous poids, il s’explique un peu par la pauvreté, un peu par la négligence, un peu par l’ignorance. La vie pour une famille en brousse est souvent très difficile, et si le dernier d’une famille de sept ou huit n’a pas une santé de base solide, on n’a pas toujours le temps et les moyens pour l’aider.
En plus de ce centre, les sœurs partent régulièrement dans vingt villages pour des cliniques de pesée : on y pèse les enfants, on donne des conseils et des suppléments vitaminiques. Pour les cas les plus graves, on essaie de convaincre la famille pour un séjour au centre. Plus de 1125 enfants sont inscrits à ce programme et sont visités une fois par mois. Ça me dépasse! Comment deux petites sœurs, avec quelques animateurs, peuvent opérer un tel projet, avec des moyens assez modestes. Le plus fantastique, c’est que malgré les difficultés, malgré l’impression que la situation ne change que lentement ou pas du tout, cette petite sœur reste optimiste. Sa communauté construira bientôt un hôpital pédiatrique à Moutourwa, que desservira tout le grand nord camerounais.
C’est sûrement la foi qui les porte. Je lève mon chapeau à ces femmes au grand cœur.
P.S. Je salue en passant mon amie Maria, de Natal, Brésil. Elle faisait, ou fait peut-être encore un projet similaire là-bas

Crédit photos: www.stphoto.qc.ca

jeudi 2 décembre 2010

MIDJIGUIDU TREMBLAY Tremblay, ma voisine


À quelques mois du départ, j’ai commencé la lecture du 5ème tome des chroniques du plateau Mont-Royal, «Le premier quartier de la lune. » En gros, c’est une journée dans la vie du fils de la grosse femme et de son cousin Marcel. Ce Marcel se perd tranquillement dans sa tête et il s’en dégage une grande tristesse. Ça me rappelle mon neveu adoré Jérémie qui parfois lutte pour rester la tête hors de l’eau.
Un moment avec ma voisine du quartier m’est aussi revenue en mémoire dans un passage où Marcel se sent « vidé ».
J’allais au carrefour hier. En passant devant sa concession, voisine était assise au milieu de la cour (je vous rappelle qu’ici, on vit plus dehors que dans les boucarous de 6m² : la cour est le « living »). Je passe donc et je la vois, seule, avec une fatigue et une tristesse dans les yeux. Depuis le début de sa grossesse, je constate que ça semble lui peser : son gros ventre, ses quatre ou cinq encore petits, le mari et tout le tralala. En passant je la salue et lui demande : « Ki gir le kwa? » (Toi fatiguée est-ce que?) Un regard triste et la réponse : « Nhi Serge. I gir le. » (Oui Serge, je suis fatiguée). « Sise! » (Courage!) a été mon seul réconfort.
La fatigue ou la tristesse, ça frappe tout le monde. Pour une seconde, pour une journée ou pour un long, long moment de la vie. Et si on la voit, la fatigue ou la tristesse de l’autre, ça ébranle toujours un peu…
crédit photo : Sylvie www.stphoto.qc.ca

mercredi 17 novembre 2010

DEMANDE SPÉCIALE


Pour toi Andrée, qui désire voir des animaux exotiques...

LES BELLES-MÈRES


En revenant du boulot ce midi, je me suis arrêté boire un peu de Bil-Bil avec mes deux voisines. Au fil de la discussion, le sujet des belles-mères s’est présenté. Djabou a alors relaté un événement familial assez cocasse, que je répète ici avec la permission de l’auteure.
…La grand-mère paternelle de Djabou demeurait avec son fils, les femmes de ce dernier et la ribambelle d’enfants. À chaque repas, la femme qui « préparait » faisait envoyer par un petit la portion de mil et un peu de viande à la vieille. Cette dernière prenait le repas, en ayant soin de dissimuler derrière son lit la portion de viande. À son fils par la suite, elle se lamentait que les femmes la laissait mourir de faim, en la privant de la viande qu’il achetait pour la famille.
Le fils, troublé, retourna vers ses femmes pour demander explication. Les épouses se choquèrent et rassurèrent le mari que chaque fois qu’il y en avait, la viande était dans l’assiette de la belle-mère. Le père de Djabou resta un temps à réfléchir. Un jour qu’il était à la concession, il vit l’enfant se diriger vers la case de sa mère avec le repas. Il suivit la petite et se cacha derrière la porte. Il vit la vieille cacher la viande. La belle-mère dit à l’enfant : « Va chercher ton père que je lui dise que ses femmes me tuent lentement en me privant de viande. » Le père sortit de sa cachette, et la mère lui dit sans gène : « Tu es là! Je viens encore de recevoir un repas sans viande. Vas-tu enfin faire quelque chose? » Le fils répondit avec le sourire en coin : « Mais La Mère, je suis là depuis… depuis que tu as caché la viande derrière ton lit. » La vieille resta sans voix. Elle devrait maintenant trouver une autre façon de faire suer ses brus. …

Histoire africaine ou vérité universelle? À vous de choisir :),

jeudi 4 novembre 2010

IL EST FORT...

Oyé! Oyé! Bonne nouvelle, le petit Assinilé Étienne va mieux. Il est sorti de l'hôpital de Maroua vendredi dernier. Son père me racontait qu'il a bien aimé son premier séjour dans la capitale régionale, à quand même seulement 45km de Moutourwa. Ses parents sont sorti de deux semaines éprouvantes, en pleine période de "caral". Heureusement pour eux, le samedi, les voisins se sont mobilisés pour aller au champ avec la famille, ce qui leur a permis de planter le mil qu'il restait. Quant à Étienne, son papa, Yuguda, disait que c'était la seconde fois qu'il frôlait la mort. Petit, les murs du boucarou dans lequel il dormait se sont écroulé sur lui. On le croyait mort sur le moment, mais il s'est remis sans séquelles.
Comme le dit une chanson d'ici: "Kirikou est tout petit comme ça, mais il est fort!"

jeudi 28 octobre 2010

L’ÉLÉPHANT, LE SERPENT ET LA MORT



Octobre a été le mois du caral (mil jaune), mais il aura amené en plus bien des surprises.

L’ÉLÉPHANT
D’abord, on a eu droit à la venue des éléphants dans le secteur. Un troupeau d’une centaine de têtes (deux cents pour les plus menteurs) ont sillonné les brousses et les champs de culture aux alentours de Moutourwa. Ils venaient de la région du parc national de Waza, situé plus au nord. On ne les avait pas vus par ici depuis une quinzaine d’années. Je n’avais pas trop le goût mais je suis allé, et j’ai été bien impressionné. Un éléphant, c’est gros puis ça détruit un champ en un passage. Je n’avais pas la caméra; je suis retourné à deux reprises les jours suivants sans succès. Je n’ai que l’empreinte ci-jointe comme preuve…À vous de me croire ou pas!

LE SERPENT
Ce serpent a la même taille que notre petite couleuvre, mais on le nomme ici « vipère ». On le croise souvent en saison des pluies, comme c’est l’époque où tout le monde est en brousse. Le fils de mes amis Yuguda et Jacqueline aurait été mordu par un sans qu’il s’en rende compte, en s’amusant dans les hautes herbes la semaine passée. Il s’est retrouvé une semaine à l’hôpital, a perdu beaucoup de sang mais comme c’est un lutteur, il a survécu. C’était difficile de le voir si faible et les parents si désemparés. Quand on doit hospitaliser un membre de la famille, on doit s’hospitaliser un peu aussi : il faut nourrir le malade, le soigner, aller acheter les médicaments qui manquent sur place…et payer pour tout bien sûr. Jacqueline passait les journées avec ses deux petits jumeaux qu’elle allaite encore; les sœurs de Yuguda passaient la nuit.

ET LA MORT
J’étais soulagé à mon retour de Kaélé pour le weekend, d’entendre que le jeune Étienne était rentré; il n’y avait qu’un des jumeaux qui était enrhumé. J’ai eu tort de banaliser un rhume. On m’apprenait ce matin que le petit jumeau Sine est mort à la maison vers trois heures ce matin… Je reviens de chez Yuguda et Jacqueline. Yuguda racontait que dans la nuit, alors qu’il quittait son boucarou pour aller vérifier l’enfant, il a rencontré Jacqueline qui sortait de sa case; ça n’allait déjà plus. Ils ont creusé un trou, fait une petite prière et enterré l’enfant dans un tissu blanc… Si vous vous rappelez la naissance des jumeaux, ça avait été très rapide. Pour la mort de Seni, ça a été aussi vite. La différence vient du fait qu’après le premier événement, c’était le bonheur qui s’installait… Ce qu’on peut essayer de faire, c’est de suivre le conseil de Barnabé, l’aîné de la famille. Il me disait que pour les guizigas, quand un jumeau meurt, trop le pleurer peut entrainer l’autre…
DERNIÈRE HEURE: Ayez une pensée pour le petit Étienne. Il a recommencé à saigner cette semaine. Il est à l'hôpital de Maroua. Je vais le visiter aujourd'hui. Carole, Les Soeurettes: Allez allumez un lampion...

jeudi 7 octobre 2010

EN BREF!


Une ou deux pluies encore…
D’ici quelques semaines, on sera en saison sèche. Cette année, il faut dire que les pluies ont été généreuses à Moutourwa. Les gens ont bien récolté le mil rouge, le haricot, le gombo… Pour ma part, ma parcelle d’arachide a donné : « Deux! » Que je réponds à la question du nombre de sacs amassés. Le sac habituel fait bien 1 mètre par 50 centimètre; moi je fais allusion à deux petits « ziplocs » : juste assez pour un petit snack!

Octobre sera jaune comme l’or!
On le sème avec le pieux, on le considère comme le pilier de l’alimentation : c’est le mil jaune, ou sorgho, ou mosoko. Pour la seconde fois, je verrai pousser ce trésor de céréale; on le cueillera pas très longtemps avant mon départ.

Derniers grands travaux
Si tout s’enligne, je serai un peu occupé pour les cinq mois qu’il me reste ici. D’abord, on organisera une grande rencontre entre les ONG (Organisation Non Gouvernementale) qui font dans le développement sur le territoire de Moutourwa, et les associations de développement de village. Le but : faire connaître les uns aux autres et susciter des partenariats.
Le second projet implique le comité que j’accompagne dans le « programme de renforcement des capacités » de la commune (une expression bien à la mode du développement). Ce comité est très dynamique et m’a toujours soutenu. Avec eux, on ira donc visiter un comité dans un autre arrondissement (Tchatibali), question de profiter de leur façon de travailler. Ça devrait être le fun!
À part ça, je continu à travailler avec la Fédération de paysans du coin. On a terminé la tournée des associations et les sondages; on doit présenter bientôt à tous une restitution des résultats…Burp! Avec cette photo, ils verront ce qui est bien et ce qui l’est moins dans leur structure.
Enfin s’il y a le temps et l’intérêt, on verra si un réseau de bibliothèque de village pourrait prendre forme par ici… À suivre!

J’suis plus jeune
Une bande de nouveaux volontaires sont arrivés il y a peu dans l’Extrême-Nord. Ils ont tous moins de trente ans. En plus d’être un des plus anciens comme volontaire, je mérite le titre du plus vieux (presque le plus vieux). Heureusement que j’emploie NIVEA et que j’aime encore fêter, comme ça mes « vers » cinquante ans, je ne les fais pas. :)
p.s. La photo est de mon amie Sylvie Trépanier, photographe. Vue panoramique du paysage lunaire de Rumsiki, Extrême-Nord...Beauté extrême!

vendredi 10 septembre 2010

NGWASAY S’EN VONT AU MOULIN







C’était aujourd’hui, le 4 septembre, que la machine arrivait au village. Vous vous rappelez le projet des femmes de Lalang? Elles voulaient un moulin pour écraser les céréales qu’elles cultivent, principalement pour le mil. Tout le monde, depuis six mois, s’était mis au travail : les femmes ont bâti l’abri, mon ami Bolé les a formé en gestion, plein de femmes du Québec et quelques gars du même endroit ont fourni l’argent pour l’appareil.

Ce matin, moi et mon amie Sylvie de Montréal en visite ici, sommes partie en wagonnette avec les installateurs et le trésor à installer. La route était un peu boueuse : on a fait les derniers 500 mètres à pied, derrière la charrette que tiraient deux bœufs (la charrette était pour la machine bien sûr).

En rentrant dans le village, j’ai réalisé combien ce projet était important pour les femmes de Lalang. Elle nous ont accompagné à travers le village en chantant et en dansant pour nous dire merci. Arrivé chez le Lawan (le chef traditionnel), on a eu droit aux discours d’hommage et aux bravos. Je ne me sentais pas trop à l’aise là-dedans. Comme Sylvie représentait les femmes québécoises, les gens du village vous remerciaient à travers elle. Et croyez-moi, ça venait de leur fond.

Donc pour celles et ceux du Québec qui ont donné, je peux vous assurer que le moulin est bien arrivé au village; il est même fixé avec du ciment. Vous avez ici quelques photos qui vous le montrent, et Sylvie prévoit faire un reportage photo sur l’événement en rentrant.

Aussi, si vous avez bien tendu l’oreille vers 6hre ce matin(11hre, heure de Lalang), vous avez sûrement entendu le cri strident des femmes d’ici (un mélange de la voix de Diane Dufresne dans ses impro un peu folle et des tirelidou de la Bolduc)… Ça peu vous paraître wouach, mais encore là, ça vient tellement de leur fond…

OUF! EN AOÛT






Le mois d’août ne m’aura pas trouvé à Moutourwa. Je me suis évadé : un peu de temps à la mer et deux peu(sic) au Portugal. Là-bas, j’ai passé une semaine Lisbonne, avec mon ami Simon de Montréal. On a eu beaucoup de plaisir, on a bien fêté. Comme une image vaut mille mots, je m’arrête ici et je vous fais partager ces quelques photos…

lundi 30 août 2010

NOSTALGIE AU TEMPS DES PRUNES


Elle me les a fait découvrir sur la rue, à Maroua, le jour précédant son départ, en juin. On est en août et partout au sud du grand nord, c’est la fête pour les prunes. Elles se portent sur la tête, elles se font bien griller et se dégustent avec le piment.
Celle qui m’a fait découvrir cette prune me manque. On est arrivé le même jour, en mars 2009, à Yaoundé. Elle connaît l’Afrique depuis longtemps; elle a un cœur un peu africain.
Son expérience camerounaise, elle ne l’a pas eu facile au niveau travail. On l’a assignée dans des organismes soit bidon, soit mal dirigé. Elle est restée dans ces deux mandats très professionnelle. Par sa droiture, elle a fait craquer le premier des organismes, et a protégé les protégés du second.
Mon amie me manque car on avait du plaisir ensemble. Elle me manque parce que les prunes n’ont pas le même goût…

mercredi 4 août 2010

DEUX ENFANTS EN UNE HEURE


Mes amis Yuguda et Jacqueline attendaient leur septième enfant. Le 21 juillet, il est arrivé, avec un huitième derrière. Je me rappellrai longtemps ce mardi cocasse...
Je me dirigeais vers le boulot. Je croise la mère de Jacqueline: je crois comprendre (en guiziga)qu'elle va à l'hôpital. "Bassi(Jacqueline) a accouché maintenant, c'est les jumeaux." Je continue mon chemin. Arrivé au goudron, je vois Yuguda qui revient de l'hôpital. Il est 8h15 environ:
-Bravo Yuguda! Quelle bonne surprise!
-On va faire comment Serge? Dieu nous envoie "2" au lieu de "1"...
-Bon courage Yuguda. Je vais passer voir Jacqueline après le travail à l'hôpital.
-Mais elle est déjà à la maison!
-Comment? Ta belle-maman m'a dit qu'elle a accouché maintenant!
-Serge, on est allé à l'hôpital vers 6h30, et elle a accouché vers 7h15.


...A ce moment, la mère de Bassi revient en marchant, avec un paquet aux bras. Yuguda me dit qu'elle revient avec le 2ème. Il arrête un clando (moto taxi)qui ramène la dame et le poupon. Je félicite encore Yuguda, en promettant de passer ce soir (à la maison bien sûr).

FAUT LE FAIRE! Se réveiller vers 5h30 avec les douleurs de l'accouchement; se rendre à l'hôpital à 6h30; accoucher à 7h15 et de retour à la maison à 8h15!?!
Quand je dis ma surprise aux gens, on rétorque: "Mais elle va faire quoi à l'hôpital? Ils sont sorti, c'est fini!"
Je suppose qu'ils ont raison. C'est fini.
Mais quelle aventure qui commence pour Yuguda et Bassi! Passer d'une famille de 6 à 8 enfants en 2h45... ILS SONT FORTS!

P.S.(1) Je vous écris cet article de Kribi, sur l'océan. Je pars pour un congé au Portugal. Une petite sortie à l'extérieur du Cameroun après un an et demi, ça va être bon.
P.S.(2) Dans le Cybercafé, le jeune "YO" au service a mis de la musique religieuse. J'entend soudain la chanson de Noël "Aube Nouvelle". On est le 4 août??? Ah! C'est sûrement en l'honneur de la naissance des deux petits gars de Yuguda et Bassi!
P.S.(3)La photo des bébés viendra plus tard. C'est promis!

mercredi 7 juillet 2010

PAGE BLANCHE, PAGE NOIRE





En cette deuxième année au Cameroun, je me sens un peu perdu face à mon blog. Comme je l’ai déjà écrit, le fait de revivre les saisons du village est bon, mais cela risque d’être répétitif pour vous… En fait, c’est mon défi (ou c’est une opportunité, comme on dit en « business ») de vous épater malgré tout. Je noirci donc cette page avec des petits…des petits… des petits BlaBla quoi!

C’est le temps des « labours »
Que ce soit avec les bœufs, avec l’âne ou la houe seulement (j’ai vu un seul tracteur dans tous les environs), tout Moutourwa laboure depuis quelques semaines. Si il pleut, soyez assuré que l’aube verra les champs se remplir de paysans contents de préparer la terre pour les semences. On sème le mil rouge, le maīs, le haricot, l’arachide, le gombo, et les autres. J’ai mon petit carré près de la maison; j’ai ajouté cette année à l’arachide deux plans de concombres et des gombos. Les arachides sont levées; les autres amis sont encore un peu « légumes ».

Petits anges
Peut-être est-ce la saison des pluies ou le hasard, mais on m’apprend souvent ces temps-ci que des bébés en bas d’un an meurent, suite à un mauvais « palu » ou suite à une grosse grippe. Je ne sais pas à quoi attribuer cela. Comme partout, les petits sont plus fragiles, et j’imagine qu’ici les virus s’infiltre plus facilement dans un milieu pas trop stérilisé… Le taux de mortalité infantile est assez élevé : 150/1000 (sous toute réserve).

Mes femmes me quittent
Je suis le deuxième plus vieux volontaire restant dans l’Extrême-Nord (plus vieux en temps de service, on s’entend). Une vingtaine ont terminé leur contrat ces derniers mois et un autre contingent arrivera en septembre. Parmi ces départs, il y a ces femmes que j’avais fait miennes : la belle Pauline a retrouvé son Acadie, et ma Karine (on est arrivé ensemble au Cameroun) a quitté la semaine dernière. Elles vont me manquer. Mais on va se revoir : c’est écrit dans le ciel!

Le moulin s’en vient
Vous vous rappelez l’histoire du moulin avec les femmes de Lalang. Elles ont déjà construit l’abri et on attend des nouvelles d’une ONG pour un financement. Entre temps, les femmes de ma vie (ma mère et mes sœurs) ont tenue en Gaspésie, Queneda(sic), une méga vente de garage qui a généré une somme de 500$ pour mes femmes d’ici. Ne sont-elles pas super ces nanas!

Bon. La page est assez nouêre (un autre sic) pour aujourd’hui! Bonne semaine! ;~)

vendredi 25 juin 2010

JEUDI SOIR




La lumière est revenue vers 16hre, après 3 jours d'absence (chose normale en saison des pluies) dans le quartier mais pas dans notre concession: allez savoir pourquoi… Mon voisin m’a annoncé cela en sous-entendant qu’il faudrait faire quelque chose. Il m’a un peu fait suer et je lui ai fait sentir : c’est moi qui a fait réparer les deux dernières fois, chacun notre part peut-être?
Je suis parti au quartier, en essayant de me calmer un peu : je ne suis pas le grand manitou pour tout…après tout!

Au stationnement, je rencontre Djidja Bralus, une volontaire nationale en éducation qui a été sélectionnée lors d’un concours de la fonction publique camerounaise, pour être animatrice dans le domaine de l’élevage (ou l’agriculture, j’ai oublié). Elle revient de Yaoundé pour la troisième fois en rapport à cet emploi. Imaginez que tous les candidats à titre de fonctionnaire d’état doivent se déplacer par leur propre moyen deux ou trois fois dans la capitale (à 1 200km d’ici) pour remplir de simples formalités. Ils doivent y retourner car on avait pas tout prévu là-bas…simplement. J’ai donc pris un jus (elle un jus, mais moi une bière) et nous avons bavassé un peu. Elle me disais combien c’est désordonné la fonction publique d’ici. Moi je trouve que ce désordre est quasi criminel pour les gens recrutés. En plus, quand on t’affecte dans un lieu, le premier salaire ne viendra qu’entre 8 et 12 mois après le début du travail.

Je souhaite donc bonne chance à Bralus et me dirige vers chez Dada Blandine pour chercher mes habits que la fille de Dada, Chantale, à lavé. La sœur de Dada Blandine est là. Elle se nomme Ilumlé Marie (Ilumlé c'est-à-dire « j’ai trouvé »). On m’a fait asseoir sur la chaise pliante de Baba Ali, le père. Les deux femmes sont sur le sable, les jambes étendues et le dos droit comme un « i ». Je les trouve dans leur simplicité très dignes : elles discutent en bougeant juste assez, elle sont douces et sont attentives à tout le monde sur place. On est tout près du marché du vin, et comme par hasard, un seau de BilBil arrive dans la concession. La calebasse passe je l’accepte. On discute sous la presque pleine lune. Les deux femmes avaient déjà commencé à boire avant mon arrivée, mais elles restent « nobles ». Ici, les femmes boivent presque autant le vin de mil que les hommes. Les enfants y goûtent également, je vous l’ai déjà dit.

En rentrant à la maison, je trouve que la lumière y est revenue également. Le voisin s’est peut-être forcé… à moins que ce ne soit pour ne pas manquer sur sa télé le dernier match du Cameroun au Mondial de Foot!

N.B. J’ai monté un nouvel abri anti-chêvres pour mon manguier, avec les amis Isaac et Henri. Ce message est pour ma sœur Mado qui la seule me demande des nouvelles de mon protégé.