vendredi 23 avril 2010

VIYA A SO LE


Ça fait longtemps que je n’avais pas causer de pluie. Environ sept mois environ. Elle est revenue aujourd’hui, vers 15hre…
D’abord un gros nuage de poussière, des vents très forts et tout désordonnés. Ensuite la pluie dans tout les sens, la grêle. La pluie et le vent encore. Avec l’accalmie se présentent les dégâts : mon hangar un peu gâté; l’arbre du voisin devenue un tronc (les voisines pourront avoir le bois sans effort pour cuisiner); mon autre voisine Nama a vu le toit de son boucarou se percer.

Tout timide, je suis sorti de ma maison en « dur ». J’ai balayé ma devanture et suis allé voir le voisinage. Dada Nanie, chez qui j’achète mes brochettes presque tous les soirs, était à préparer sa viande sur la pierre près de sa maison au toit effondré. Elle allait dormir chez une maman du voisinage, sans plus.

Ailleurs dans le village, tout semblait normal : il y avait match de foot au terrain; on buvait le Bil Bil au centre en commentant la tempête. Un événement qui semblait pour moi inusité ne secouait qu’un petit peu les gens du village.

Je suis donc rentré à la maison, après avoir mangé mes trois brochettes, comme d’habitude. Je vous écris ces lignes à la chandelle, en souhaitant que les trente-huit minutes restantes sur la pile de mon ordi ne soient pas écoulées. Mon câble électrique est tombé et la lumière a quitté le village pour un bout. Je vous le dis, la saison des pluies est arrivée

lundi 19 avril 2010

LES FEMMES DE LALANG




Les femmes de Lalang se sont réunies autour d’un projet qu’elles veulent voir naître en 2010. Il s’agit d’un moulin à moudre qui servira aux 1200 personnes de ce village de la commune de Moutourwa. On y amènera le mil, le maīs, le haricot et autres graminées, pour faire « écraser ». Le seul moulin du village ne suffit pas, les femmes doivent souvent marcher plusieurs kilomètres vers les villages voisins. Ce moulin aidera toute la famille parce qu’il permettra aux femmes d’avancer les travaux de la maison et du champ, au lieu d’attendre des heures à la « machine ».

Les femmes de Lalang
Le GIC (Groupe d’Initiatives Communes) Tchinadoum (La joie) et le GIC Adjinadra (Ça va nous aider) sont deux regroupements de Lalang. Ces 50 femmes se retrouvent pour des activités d’épargne (cotisations mensuelles) qui servent à soutenir les membres dans les événements de la vie (deuils; naissances; maladies, frais scolaires, etc). Ces deux groupes voulaient depuis longtemps porter un projet de développement pour leur village et le besoin d’un moulin revenait souvent dans les discussions.

Après avoir saisi leur conseiller municipal, ce dernier a invité le volontaire que je suis à venir soutenir les femmes. Il m’a harcelé gentiment pendant quelque temps : je me suis laisser séduire en ce mois d’avril. Le 17, j’étais à Lalang pour une réunion avec un ONG local qui va les former pour la gestion du moulin. Elles vont commencer l’abri dès maintenant, avant la saison des pluies. Je leur fais remarquer qu’elles n’ont pas encore la machine à moudre. En posant la question, je réalise que le tarla devant elles s’est lui-même engagé à trouver le financement pour la dite « machine ». Je me ressaisi, leur dit que je ferai tout mon possible pour que les fonds arrivent vite, mais qu’il peut y avoir un délai de quelques mois…
Une chance que j’aime un peu la pression. :)

jeudi 1 avril 2010

WEEKEND AU VILLAGE




Mars se sera déroulé presque entièrement à Moutourwa, après mon escapade au Nord-Ouest en février. Faut croire que voyager commence à fatiguer « son père ». Mais comme je fais beaucoup d’escapades « montagnes » et « vélo » au village et dans les environs, on dira aussi que mon corps se solidifie en vieillissant… Je sais : vous êtes loin et ne pouvez vérifier.
Mon weekend alors? Eh bien, il a commencé vendredi, comme pour vous. Vers 14h30, j’ai enfourché le vélo pour Barawa-Chef et Illir, deux villages liés par de petites montagnes jolies. Arrivant là-bas, je tombe sur le petit marché du vendredi, où l’on ne vend bien sûr que du Bil-Bil… Ma résolution de sobriété pour la soirée risque de tomber. Je ralentis et lance aux gens assemblés qui m’invitent que je continue jusqu’à Illir; je stopperai au retour. À Illir, je discute avec les travailleurs du coton qui sont venu peser et amasser la récolte des gens du village, avant que les pluies ne rendent inaccessible la route pour le gros camion. Je traîne là un peu et en revenant, ce que je redoutais me remis en difficulté d’abstinence…le marché n’était pas terminé. Je confie mon véhicule à un bon samaritain qui le positionne à l’ombre. On me salue, s’extasie de mon guiziga, et on me présente la calebasse. On laisse sous-entendre que je ne bois pas le « muzum »! Il n’en fallait pas plus pour que je salive une fois : on sera sobre le samedi!
Ma halte (ou ma chute) m’aura aussi fait rencontrer le fameux « Fils du paysan », un gars du village qui est journaliste à la CRTV Maroua(la télé et la radio nationale) et qui fait des chroniques sur l’agriculture. Il n’a pas la langue dans sa poche. Il parle de la situation du paysan : analphabète ne parlant pas bien français, qui se fait souvent avoir par les marchands de coton qui ont le monopole. Il discourt un peu sur les effets pervers de la colonisation française et sur la bonté « bonasse » de l’africain. C’est rare d’entendre des gens engagés et qui s’indignent. Je l’écoute avec attention, et termine notre rencontre en lui donnant une copie des contes guiziga. Marketing, you know!

Samedi, je me lève avec l’idée de me rendre à Kola, un village à environ une heure de chez moi. J’appelle Amadou. On part par la brousse, à moto. Rendu à Kola, on se rend un peu à l’écart du village pour découvrir une très belle gorge creusée par la rivière du coin, le Mayo Loti. Comme on est en saison sèche, on descend dans la gorge et passons un bon moment (environ 30 minutes). Revenu vers 14h à la maison, je dors un peu et me rappelle que je mange chez Yougouda ce soir. Je m’apprête, j’achète des liqueurs pour les enfants, et je me dis que j’irai par la suite chercher de la bière froide pour Jacqueline et Bryé Marie (la femme et la mère de Yougouda). J’arrive là et tout est un peu chamboulé. Comme il n’y avait pas de poulet à vendre dans le quartier, le repas est remis. Yougouda me rappelle par contre que nous avions rendez-vous à 15h, et qu’il est 16h. Je bredouille des excuses. Lui m’averti que nous ne pourrons faire les deux grottes, tel qu prévu… J’allume! Je me rappelle que notre ballade dans les grottes de la montagne derrière sa maison – ballade remise à deux reprises – avait lieu ce samedi. Comme je m’étais tapé les gorges le matin, et que j’étais en « gougounes », l’excursion réduite m’allait très bien. On s’est donc mis en route avec son voisin qui connaît bien la montagne. La difficulté de la route et les pierres a demandé vite à ce que l’on enlève les chaussures instables. Comme je n’ai pas le pied aussi solide et cuiré que l’africain moyen, j’ai grimacé à quelques reprises. Les « grottes » ne correspondent pas à ce que l’on est habitué. Il s’agit plus ici de cavités se retrouvant sous les méga pierres formant les montagnes du coin. Yougouda me racontait que les ancêtres se cachaient dans ces cavernes, pour fuir les mercenaires qui capturaient les gens pour la traite négrière. Après ces explications et quelques dizaines de face à face avec les chauves-souris, on est ressorti au grand air. En retournant chez-moi, on est arrêté au bar et on a envoyé les bières promises. J’ai lassé Yougouda au stationnement; il allait au marché du Bil-Bil, je suis rentré, bien décidé à éviter tout alcool pour la journée.
Aujourd’hui dimanche. Dimanche des rameaux. Je suis allé à la messe. Personne à l’église : tous sont sur la route de Missilia. Ils refont l’entrée de Jésus à Jérusalem : je rejoins le père Xavier sur un âne, suivi par des centaines de fidèles. De retour à l’église, c’est l’interminable cérémonie. Je me repose ensuite une partie de l’après-midi dans mon nouveau hangar, me levant de temps en temps pour consoler ma petite voisine Majolie, qui une fois s’est fait tapé par sa sœur, une autre fois par son frère, et qui chaque fois arrive avec le visage plein de « morve ». Vers 16h, je me bouge un peu et vais me promener sur ma montagne préférée, le mont Messengel. Pour changer, je la prend par derrière. Je suis encore ébloui.

Voilà donc mon weekend.